Actualités

Arts plastiques – Exposition Tes vues, ma vie: Boubacar Diallo met les réseaux sociaux face à leurs dérives

81Views

Hommage collectif à l’artiste Kalidou Kassé

À la Galerie nationale d’art, l’artiste plasticien Boubacar Diallo, dit Bouba, livre une exposition-choc qui interroge frontalement notre rapport au numérique. Intitulée Tes vues, ma vie, cette proposition artistique ausculte les dérives des réseaux sociaux et alerte sur une société où la quête de visibilité semble parfois supplanter la valeur de la vie humaine.

Le vernissage, tenu ce samedi, a réuni artistes, enseignants, critiques et amateurs d’art autour d’une œuvre engagée, à la fois esthétique, éducative et profondément contemporaine.

De la société de l’image à la crise du sens

À travers ses œuvres, Bouba s’inspire des usages actuels des réseaux sociaux, observant avec lucidité une société dominée par l’image, la médiatisation instantanée et la course aux “vues”. Pour l’artiste, le constat est sans appel : l’émotion collective se mesure désormais en statistiques, souvent au détriment de la dignité humaine.

« Nous sommes dans un monde médiatique où l’information circule à la vitesse de la lumière. On ne peut plus vivre sans le digital. Mais il y a des gens qui accordent plus d’importance au nombre de vues qu’à la vie des personnes », explique Boubacar Diallo.

Face à cette dérive, l’artiste choisit l’art comme moyen d’alerte et de sensibilisation, notamment à destination des jeunes générations. Tes vues, ma vie devient ainsi un espace critique où la création plastique se fait langage, résistance et appel à la conscience.

« J’ai voulu montrer, à travers mes œuvres, que la vie d’un être humain devrait toujours être plus importante que les vues recherchées sur les réseaux sociaux », insiste-t-il.

Le paraître, nouvelle religion sociale

L’exposition met également en lumière une société du paraître, où chaque acte semble devoir être vu, filmé et partagé pour exister. Une réalité que Bouba observe sans jugement moral, mais avec la responsabilité de l’artiste engagé.

« Aujourd’hui, beaucoup de gens préfèrent faire le bien en public ou s’assurer qu’on les filme. Pourtant, toute action doit être accompagnée d’une intention sincère. Moi, en tant qu’artiste plasticien, mon rôle est d’utiliser mon matériel, mon inspiration et de donner mon point de vue », affirme-t-il.

Dans cette démarche, l’art devient un miroir critique, révélant les paradoxes d’un monde hyperconnecté mais parfois déconnecté de l’essentiel.

Voir aussi: Arts plastiques – Exposition «Tes vues, ma vie» : Boubacar Diallo ausculte les dérives des réseaux sociaux

Un hommage appuyé à Kalidou Kassé, figure tutélaire des arts plastiques

L’exposition est également marquée par un hommage collectif à l’artiste Kalidou Kassé, doyen respecté et figure emblématique de la création sénégalaise. Près d’une trentaine d’artistes ont réalisé son portrait, saluant ainsi le parcours du « Pinceau du Sahel ».

« Kalidou Kassé est un artiste de renommée mondiale qui a choisi de rester au Sénégal pour servir son pays et accompagner les jeunes artistes. Il faut célébrer ceux qui ont prouvé, de leur vivant », souligne Boubacar Diallo.

Ce geste artistique fort inscrit l’exposition dans une dynamique de transmission intergénérationnelle et de reconnaissance des maîtres vivants.

Une écriture plastique nourrie de matériaux contemporains

Sur le plan formel, Bouba déploie une démarche expérimentale en utilisant des matériaux issus de son environnement quotidien : éléments de l’audiovisuel, câbles, chargeurs, téléphones, composants électroniques. Ces objets, chargés de sens, deviennent matière artistique et symboles du monde numérique.

« Tout ce qui m’entoure me sert à m’exprimer », confie l’artiste.

Pour Daouda Dia, commissaire de l’exposition, Tes vues, ma vie aborde une problématique essentielle qui touche directement les familles.

« À l’ère du numérique, les écrans sont devenus de véritables accompagnateurs des enfants. En tant qu’artiste et éducateur, Bouba a observé cette réalité et a voulu en parler à travers ses œuvres », explique-t-il.

L’art comme veille sociale

Avec Tes vues, ma vie, Boubacar Diallo confirme le rôle fondamental de l’artiste plasticien comme observateur, éducateur et avant-gardiste. L’exposition ne condamne pas le numérique, mais invite à un usage conscient, humain et responsable des réseaux sociaux.

Une exposition lucide et nécessaire, où l’art plastique s’affirme comme un espace de réflexion critique sur notre époque, rappelant que derrière chaque image, chaque vue, il y a une vie.

cnpeam
the authorcnpeam