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Dr Momar Seck : « L’art africain ne saurait consister à une exception…

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Dr Momar Seck

Dans son essai de 91 pages, intitulé « Art africain contemporain – Ma démarche plastique en partage » publié aux Editions Baobab (Dakar, août 2021), Dr Momar Seck, chef du département d’art visuel à l’École internationale de Genève, revendique la valeur universelle de l’art africain et son enracinement aux valeurs fondamentales du berceau de l’Humanité.

GENÈVE– « Les considérations sur l’art africain et les artistes africains en général ont toujours oscillé entre la pure invention coloniale qu’est le primitivisme, réduisant cet art et ses artistes à la pratique des fétiches campées au ciel des rituels et des traditions de culte pseudo-religieux et l’exotisme dont raffolent les touristes européens, américains ou asiatiques », annonce d’emblée le préfacier, le philosophe et psychologue camerounais, Dr Jean-Gilles Boula, professeur aux universités de Genève et d’Aix en Provence. Pour ce dernier, Dr Momar Seck démontre dans son opuscule « Art africain contemporain – Ma démarche plastique en partage » que « l’art saute allègrement les barrières géographiques pour transcender les spécificités culturelles et affirmer la quête d’un ailleurs dont ses spécificités sont la matrice ».

« Devant ces objets hétéroclites, j’y vois un instant d’évasion où nous sommes transportés dans un monde de fraternité. Ordre et désordre, rigueur et spontanéité, rêve et réalité, placent mes œuvres dans une évolution permanente », relève l’auteur dans son livre. Une approche qui se comprend par son riche parcours. Diplômé de l’Ecole nationale des arts de Dakar et major de sa promotion en 1994, M. Seck poursuit, en Suisse, un troisième cycle de perfectionnement à l’Ecole supérieure des beaux-arts de Genève. Il décroche son doctorat en Arts plastiques de l’Université de Strasbourg en 2012 où il est d’ailleurs membre du Laboratoire « Approche contemporaine de la création et de la réflexion artistique ».

Générosité intellectuelle et humaine

À l’origine de nombreuses distinctions dont le Prix Unesco pour la promotion de l’art, Momar Seck est un enseignant d’une grande générosité intellectuelle et humaine. En Suisse, sa silhouette, son esprit, ses actions concrètes, de rapprochement des cultures, inspirent le respect et la considération. Il est donc aisé de comprendre qu’il propose de dire au monde avec transparence et engagement sa démarche artistique. Quand il parle de lui, il parle des autres ! Il développe des idées croisées sur l’art de la récupération, les sens des nœuds, des liaisons sociales, de traits d’union picturaux. Il donne vie aux objets laissés pour mort ! Il nous rappelle que « rien n’est perdu », « tout est possible », « quelles que soient les conditions de vie, pour un ailleurs salvateur ». Jean Boula dit que « l’immersion du corps tout entier dans son travail participe de cette expérience quasi extatique du plasticien créateur des mondes imaginaires tourné vers cet ailleurs que d’aucuns appellent « vie spirituelle ». Selon lui, « il s’agit bel et bien d’une expérience corporelle parcourue par le souffle de la vie, une vie en corps dont il fait ses œuvres ».

Porteur des couleurs de l’Afrique et artiste universel

Alors que certains veulent se dissoudre dans un universalisme sans couleur ni odeur, Dr Momar Seck ose la différence, l’authenticité avec cette phrase : « La spécificité du tissu permet de déterminer sa provenance culturelle ». Il place ainsi les valeurs fondamentales de la diversité culturelle au centre de la richesse de l’art et de notre humanisme. « Cette réflexion sur les échanges interculturels et surtout artistiques est un domaine d’action que je ne limite pas simplement à faire ressortir à travers mon travail plastique, mais à l’aide des actions concrètes en confrontant des artistes de cultures différentes dans le même atelier, par exemple au cours d’un voyage à Dakar ». L’artiste organise ainsi des symposiums entre artistes plasticiens en résidence dans un pays du Sud. Ce qui permet « d’entretenir un rapport basé sur l’échange direct d’idées, de techniques, aboutissant à des projets réalisés en commun par deux ou plusieurs artistes ».

S’il revendique d’être un artiste d’inspiration africaine, Momar Seck refuse par ailleurs que ses pairs africains soient confinés à « un art sans influence », ce serait « une pratique contraire à l’essence même de l’art », écrit-il dans son livre. Il tient cependant à avertir notamment ses jeunes collègues : « Aussi, devons-nous regarder ailleurs, non pour copier, mais nous en inspirer et accepter aussi de produire un art riche des univers autres que le nôtre, ce qui est le propre de l’art depuis toujours ».

Seck réfute le type d’authenticité artistique revendiqué par le grand maître Pape Ibra Tall du Sénégal pour qui la ruée vers l’art avec les déchets est assimilée, ainsi que la récupération, à un phénomène de mode qui a un mauvais impact sur la pratique artistique sénégalo-africaine. L’artiste français Pierre Auguste Renoir lui accepte dans l’art les influences extérieures, ce qui fait qu’« on ne dit jamais « je serai peintre » devant un beau site, mais devant un beau tableau ».

Le natif de Bargny cite des exemples dans les circulations d’emprunts : le mouvement dada, le cubisme de Picasso, le ready-made de Duchamp, le pop’art etc. « L’art de la récupération est la version africaine de la réponse aux exigences de la création et de la vie contemporaine africaine », soutient l’artiste sénégalo-suisse. Il renchérit : « L’art africain en général, et l’art sénégalais en particulier, est dans le prolongement de l’art contemporain partout dans le monde, qu’il soit européen, américain, australien ou asiatique ». L’art africain ne saurait donc être, selon Dr Momar Seck, « une exception de réserve ethnologique pour touristes en mal d’exotisme. »

Source: lesoleil.sn

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